Nicolas Hulot : L’espace de raison se rétrécit

Il y a un an, Emmanuel Macron qui n’a aucune véritable conviction en matière d’écologie, mais le sens politique que l’on sait, proposait à Nicolas Hulot un super ministère regroupant l’environnement, l’énergie et le transport. Magnifique opération de com’ qui a conduit au fameux « Make our planet great again ». Ce slogan a entretenu l’optimisme des humanistes dont je suis, qui pensent que la destruction de la planète est un crime contre l’humanité. Nicolas Hulot a dû avaler un dernier boa, l’autorisation faite à Total d’importer des quantités monstrueuses d’huile de palme pour en nourrir son biocarburant et pour plaire aux Indonésiens qui nous achètent des armes en contrepartie.

Avant cela, il y a eu les Etats généraux de l’alimentation dont on ne garde pas un grand souvenir, vu qu’ils ont été torpillés par ceux qui se considèrent comme des réalistes, des pragmatiques mais jamais des cyniques. Bref, le grand mégaministère risque de laisser plus de souvenirs au titre de la réforme de la SNCF et de la décadence d’Air France que pour son action en faveur d’un développement durable.

Nicolas Hulot devrait partir, sauf à se déconsidérer totalement et le nouveau slogan sera alors « Make our planet regret again ». L’écologie raisonnable, réformatrice, perdra avec lui sa représentation politique et le gouvernement apparaîtra alors pour ce qu’il est, un gouvernement néolibéral sans grande originalité par rapport à ce que proposait François Fillon.

Coincé entre des productivistes illuminés et une gauche populiste qui brûle des pneus pour exprimer sa pensée, l’espace de la raison se rétrécit. Le volontarisme affiché d’Emmanuel Macron qui lui a permis de rallier un moment les disciples de Montaigne avait redonné un lustre perdu à la politique. Mais celle-ci recommence déjà à s’enfoncer dans les intérêts particuliers qu’elle sert en chantant la petite chanson de l’intérêt général.

On s’imaginait, il y a un an, que le nouveau président saurait porter l’ambition d’une alternative économique au libéralisme intransigeant, cette psychose qui se sert du prétexte de la création de richesse et d’emploi pour accélérer la perspective de notre propre destruction. Le terrorisme islamiste menace des individus, le terrorisme écologique menace toutes les espèces y compris la nôtre, mais cette perspective de désastre, les politiques n’y croient pas.

Le gouvernement pourrait perdre le soutien de l’opinion qui pense profondément que le productivisme ne peut plus s’affranchir de notre responsabilité environnementale. Avec cette défection, ajoutée aux centristes qui ont vu Jupiter passer dans le ciel de gauche à droite en pensant qu’il était des leurs, on ne peut pas parler de risque de fracture, mais d’érosion. Mais sans doute Emmanuel Macron fait-il le pari que tous ces gens n’auront pas d’autre choix que de voter à nouveau pour lui. Sauf si le jour de l’élection ils préfèrent aller planter un arbre.

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